Je suis accablé de tristesse par la pauvreté du langage commun.

Quatre termes en particulier : con, méchant, gentil, beau.

Ils ont ceci de commun qu'ils décrivent de façon floue une certaine forme de subjectivité : con décrit quelquechose qui nos horripile, méchant quelqu'un qui nous nuit, gentil quelqu'un qui nous est agréable, beau quelquechose qui nous plaît.

Mais grands dieux, pourquoi sommes nous incapables de nous exprimer autrement ? Et pourquoi est ce que mes interlocuteurs sont incapables de réaliser pourquoi il m'est insupportable de n'avoir affaire qu'à ces termes rébarbatifs qui au fond ne veulent rien dire, de part leur manque intréinsèque de nuance ?

Exemple :

  • A : Comment il est trop beau le dernier Batman !
  • B : Hoa non il est nul.
  • A : T'es trop con tu dis que de la merde.
  • B : C'est toi tarlouze.

Sinistre non ? Et maintenant avec des gens capable d'identifier et d'exprimer leur point de vue :

  • A : Palsembleu, j'ai été époustouflé par Dark Knight comme rarement au cinéma
  • B : Ma foi je me garderai d'affirmer avoi éprouvé pareille sensation, le propos y est fort banal au demeurant
  • A : Certes, mais il ne s'agit jamais que d'une histoire de super héros, néanmoins leur interprétation était remarquable, car crédible, la photo et les décors fort bien réalisés et le suspense final haletant.
  • B : Vousme voyez heureux qu'li vous ait plus, cependant le ton Atlantiste du film m'a quelque peu dérouté et le trop grand parallèle avec la polique et les prises de position des États Unis d'Amérique agaçante : je n'aime guère payer de place de cinéma pour endurer leur propagande, fut elle bien exécuté.

Et caetera ad libitum.

Je conçois fort bien que vous n'empreintassiez point ce ton ampoulé dans vos conversations de tous les jours, mais tout de même, est ce trop demander que chacun précise un peu sa pensée au lieu de ne relater que ce que ses bas instincts lui inspirent ?

Prenons l'exemple de la gentillesse, terme honnis comme peu. Que désigne votre interlocuteur quand il l'évoque ? Que la personne concernée est fort sociable et a toujours le bon mot à la bouche ? Ou alors que son dévouement dans les moments critiques n'est plus à démontrer ? Ou que sa générosité débordante la pousse à offrir des biscuits à proximité d'elle même quand elle ouvre un paquet ? quid ? quo ?

il y a plusieurs degrés dans le dévouement, comme il y en a dans la bêtise. Et par conséquent, qu'est ce qu'un con ? Est celui qui est intrinséquement stupide, ou complétement inculturé ? L'homme est il con pour vous parcequ'il est systématiquement désagréable ou juste parcequ'il vous contrarie, vous ? Est ce son égoïsme que vous exécrez ou son manque de dicernement ?

Voilà. Parceque je préfère cent fois dire "certes cette jeune fille a un joli nez mutin asorti à la douce innocence de ses yeux noisettes dans lesquels on peut parfois voir le reflet incertain d'une profonde tristesse mais hélas la constance de sa naïveté la rend moins adorable qu'agaçante et son effroyable inculture m'afflige à des degrés rarements atteints" que "putain, elle est aussi belle qu'elle est conne".

La langue, c'est pas de la merde, bordel.